Allocution de la présidente Velshi à l’occasion d’un événement tenu en marge de la 63e Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA)

Le 18 septembre 2019

Vienne, Autriche

Le texte prononcé fait foi

Renforcer la confiance du public : Ce qu’il faut faire pour être un organisme de réglementation digne de confiance

Bon après-midi à tous.

Je vous remercie, Madame l’Ambassadrice, pour cette aimable présentation. Je suis ravie d’être ici avec vous.

En tant qu’organismes de réglementation nucléaire, il nous incombe d’imposer des normes rigoureuses afin de préserver la santé, la sûreté et la sécurité et de protéger l’environnement. Puisque nous sommes au service du public, nous devons exercer nos activités de manière à entretenir une relation de confiance avec le public.

Renforcer la confiance du public est un objectif stratégique de base pour la CCSN. Si le public n’a pas confiance en nous, comment pouvons-nous nous acquitter de notre mandat?

Au Canada, les collectivités autochtones et d’autres parties intéressées nous disent qu’un organisme de réglementation de confiance doit être ouvert et transparent, et qu’il doit démontrer comment ses gestes tiennent compte de leurs intérêts.

De nos jours, la rigueur scientifique ne suffit pas, à elle seule, pour convaincre les gens. Songeons simplement à la vitesse à laquelle la réticence aux vaccins s’est propagée au grand public par la voie des médias sociaux. Cette réticence a pris tellement d’ampleur que l’Organisation mondiale de la santé a déclaré, cette année, qu’il s’agissait d’une des dix plus grandes menaces à la santé mondiale, au même titre que le virus Ebola et le VIH.

Nous devons tirer des leçons de notre passé si nous voulons bâtir la confiance pour l’avenir.

En 2010, au Canada, un service public a présenté une demande d’expédition de générateurs de vapeur contaminés vers la Suède pour recyclage. C’est une bonne chose, me direz-vous. Cependant, lorsque les collectivités situées le long de l’itinéraire de transport ont pris connaissance du projet, elles ont clairement exprimé leur appréhension et leur peur.

Des tests ont montré que les générateurs étaient peu contaminés et qu’ils ne posaient aucune menace pour la santé du public ou l’environnement.

Le public a continué à s’opposer au projet – même s’il avait été approuvé par la CCSN. En fin de compte, le service public a décidé d’abandonner le projet, et les générateurs sont encore au même endroit aujourd’hui.

Cet exemple diffère grandement d’un autre que j’ai entendu pendant une présentation, l’an dernier, par l’Office for Nuclear Regulation, l’organisation de madame Kelbie.

Cinq générateurs de vapeur ont été retirés de la centrale nucléaire de Berkeley et transportés en Suède pour recyclage.

Ils ont été transportés par camion le long d’une rue étroite, à la vue de passants curieux, mais qui ne semblaient pas s’en préoccuper outre mesure.

La différence entre les attitudes du public est frappante.

Comment s’explique cette différence?

Afin de comprendre, nous devons décortiquer les fondements de la confiance et nous pencher sur trois choses :

Premièrement, les organismes de réglementation doivent être ouverts et mobiliser les gens. Nous réussirons à gagner leur confiance s’ils voient que leurs intérêts et leurs valeurs se reflètent dans notre travail.

Deuxièmement, les organismes de réglementation doivent être perçus comme étant justes. Il est donc essentiel de fonctionner de manière indépendante du secteur et du gouvernement.

Enfin, la confiance repose sur la perception du public à l’égard de la compétence de l’organisation. Les compétences techniques sont essentielles, mais la communication, la collaboration et les aptitudes en matière de relations interpersonnelles sont tout aussi importantes. Nous nous pencherons davantage sur ce sujet demain à la réunion des cadres supérieurs des organismes de réglementation. Selon moi, ces trois qualités sont nécessaires afin de bâtir la confiance.

Pour résumer, le renforcement de la confiance n’est pas quelque chose que l’on fait – mais bien le résultat de la manière dont on fait les choses.

Cela signifie que nous devons adopter des comportements qui favorisent la confiance envers tout ce que nous faisons.

À la CCSN, nous travaillons fort afin de renforcer la confiance du public. Voici certains des moyens que nous prenons pour y arriver.

Les séances de notre Commission sont ouvertes au public, aux organisations de la société civile et aux groupes autochtones. Nous offrons aussi des possibilités de financement aux personnes intéressées à participer aux séances, éliminant ainsi les barrières à la participation. Nous sommes conscients des avantages liés à un processus équitable qui tient compte des différents points de vue. Récemment, pendant une séance, des membres de la collectivité et d’organisations de la société civile ont exprimé des préoccupations quant à la distribution de comprimés d’iodure de potassium – aussi appelés comprimés de KI. Cette situation a entraîné la création d’un groupe de travail multipartite dont l’objectif est de donner suite aux préoccupations.

Parmi nos relations les plus importantes, on compte celles avec les peuples autochtones. Nous bâtissons et officialisons des relations à long terme avec eux. Nous avons également financé des études sur les connaissances autochtones, lesquelles nous ont permis de mieux comprendre leurs valeurs et leur relation avec leurs territoires traditionnels. Le savoir autochtone et le contexte culturel permettent à la CCSN de mieux comprendre les impacts potentiels des projets et ajoutent de la rigueur aux examens et à la surveillance réglementaire.

La transparence des données et de l’information est également importante pour nous, c’est pourquoi nous donnons au public accès à l’information dont il a besoin.

Cela signifie que nous fournissons de plus en plus aux organisations de la société civile des données brutes afin qu’elles puissent réaliser leurs propres analyses indépendantes et détaillées.

Notre approche globale, ouverte et transparente envers la participation du public a été reconnue comme une de nos forces par les équipes de mission du Service d’examen intégré de la réglementation en 2009 et en 2019. Ce résultat est encourageant, mais nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers.

Toutes ces initiatives sont positives, mais je continue à me poser les questions suivantes : « Faisons-nous les bonnes choses? », « Est-ce que c’est suffisant? » et « Que devrions-nous faire pour l’avenir? »

Renforcer la confiance du public n’a rien de simple, et nous n’avons pas toutes les solutions. Nous examinons des manières de mesurer l’impact de nos actions, afin de pouvoir déterminer ce qui fonctionne bien et ce que nous devons faire différemment.

Une chose est certaine : pour évaluer nos progrès, nous devrons consulter les groupes autochtones et autres parties intéressées afin de déterminer si nous avançons dans la bonne direction. Les mesures que nous avons prises jusqu’à maintenant préparent le terrain vers un avenir prometteur.

Et maintenant?

La confiance doit commencer par nous. Les organismes de réglementation ne peuvent pas gagner la confiance du public si leur personnel n’est pas convaincu que la mobilisation est essentielle. Nous devons travailler à renforcer la confiance du public tout comme nous travaillons à renforcer la culture de sûreté au sein de notre organisation.

Experte ou non, chaque personne peut apporter une contribution importante. En tant que chefs de file, nous devons aider nos employés à accepter différentes opinions, surtout lorsque ces derniers sont habitués à travailler avec des données et des processus, et qu’ils croient que la science a réponse à tout.

La science nous donne des réponses, mais elle ne suffit pas à changer la façon de penser des autres. Alors que nous poursuivons nos activités, nous ne devons pas oublier comment la confiance se bâtit. Il faut continuer de déployer des efforts et de tenir compte des valeurs et des intérêts des parties intéressées, de faire preuve d’équité et de transparence, et de faire valoir en tout temps les compétences des membres de notre organisation. Nous devons aussi apprendre les uns des autres.

J’ai hâte d’entendre parler aujourd’hui des activités que vous menez pour bâtir la confiance.

Merci.

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