L’équité entre les genres ne concerne pas que les femmes, c’est aussi un enjeu de société

Par Rumina Velshi

Une récente conférence mondiale sur les femmes dans le secteur nucléaire a permis d’explorer un enjeu de plus en plus important pour le Canada : le besoin urgent d’accroître la diversité et de favoriser l’équité entre les genres dans nos milieux de travail.

Les participants ont parlé des conséquences sociales et économiques de la sous-représentation des femmes, ainsi que des façons d’attirer un plus grand nombre d’entre elles dans le secteur nucléaire. Cette discussion m’a rappelé le début de ma carrière, alors que j’étais l’une des premières femmes à travailler dans le domaine de l’énergie nucléaire au Canada. À cette époque, les pages centrales de la revue Playboy étaient collées au mur à la vue de tous, et l’équipement de sécurité était adapté exclusivement à la taille des hommes. Le milieu de travail nucléaire typique n’était pas un environnement accueillant pour les femmes.

Des décennies plus tard, je suis maintenant présidente et première dirigeante de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, l’organisme de réglementation nucléaire du Canada, et je joue un rôle de premier plan dans la promotion de l’équité entre les genres, tant au pays qu’à l’étranger. La situation des femmes s’est beaucoup améliorée : on accorde désormais plus de place aux questions de genre et à l’équité, mais il reste encore du travail à faire.

La conférence mondiale sur les femmes dans le secteur nucléaire a réuni certains des défenseurs les plus brillants et les plus convaincus de l’équité entre les genres. Et si nous avons reconnu les progrès récents, notre attention s’est portée sur les défis qui persistent et que nous devons encore relever.

Le plus grand de ces défis réside dans le fait que les femmes sont encore largement minoritaires dans notre secteur, représentant moins de 25 % de la main-d’œuvre nucléaire au Canada. Les chiffres sont tout aussi inquiétants en ce qui concerne l’ensemble de la main-d’œuvre canadienne en STIM, où, comme dans le secteur nucléaire, les femmes occupent seulement le quart des emplois. Malheureusement, il semble peu probable que cette situation change de sitôt. Parmi les diplômés en génie au Canada, seulement 22 % sont des femmes. Ce pourcentage n’a pratiquement pas changé depuis le début des années 2000, alors que beaucoup croyaient que nous avions amorcé un véritable mouvement vers l’équité.

La situation est frustrante, mais je me suis donné pour mission personnelle de repérer et de supprimer les obstacles à l’embauche et à l’avancement des femmes, et d’encourager les jeunes filles à choisir des carrières liées aux domaines des STIM. Et je ne suis pas la seule à le faire. Plus que jamais, des femmes et des alliés occupant des postes d’influence et d’autorité s’engagent à rendre leur milieu de travail plus attrayant et plus accueillant pour les femmes.

Nous avons tous un rôle à jouer, et chacun d’entre nous doit saisir la moindre occasion de favoriser le progrès. En tant que coprésidente du Groupe d’impact international de champions de l’égalité des genres dans les organismes de réglementation nucléaire, j’ai pris l’engagement de m’exclure des conférences où les discussions ne présentent pas la diversité des genres. Je refuse aussi de prendre part à des tables rondes sur l’équité entre les genres qui réunissent uniquement des femmes, car cette question ne concerne pas que les femmes, c’est aussi un enjeu de société.

Comme je l’ai souligné lors de notre conférence mondiale, le but de nos efforts est bien plus que de parvenir à l’équité pour la forme des choses. Il ne s’agit pas de symbolisme. Ce que nous voulons, c’est réaliser notre potentiel. La recherche de l’équité est la bonne chose à faire, non seulement sur le plan moral, mais aussi sur les plans économique et social.

Si nous voulons tirer pleinement parti des avantages de l’innovation, nous devons attirer les meilleurs et les plus brillants. Si nous excluons une partie de la population, il est presque certain que nous manquerons notre coup. L’équité entre les genres doit être plus qu’une priorité. Elle doit être une valeur fondamentale qui permet de définir l’orientation d’une organisation.

À la Commission canadienne de sûreté nucléaire, nous adoptons un éventail de changements pratiques pour promouvoir l’équité. Nous trouvons et mobilisons des mentors qui nous épaulent dans nos efforts. Nous repensons notre milieu de travail afin d’accroître la flexibilité et de permettre à chacun de poursuivre ses objectifs de carrière.

Nous revoyons aussi nos pratiques d’embauche sous le prisme du genre. Nous encourageons les équipes de gestion à diversifier leurs comités de sélection. Et nous avons testé un processus de sélection des candidatures à l’aveugle, de sorte que le genre ne soit pas un facteur déterminant pour parvenir à l’étape des entrevues.

Certes, les photos osées ont disparu depuis longtemps, mais le nucléaire continue d’être un secteur essentiellement masculin. Il en va de même pour d’autres secteurs tributaires de diplômés dans les domaines des STIM.

En tant que pays, le Canada doit faire en sorte que les carrières en STIM soient plus attrayantes pour les femmes. Et quelle meilleure façon de s’adapter à un monde en pleine évolution que d’insuffler une nouvelle énergie à nos secteurs les plus importants et de leur offrir de nouvelles perspectives?

Lorsque nous donnons du pouvoir aux femmes, tout le monde en bénéficie.

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