Discours de la présidente Velshi à l’occasion de la Conférence internationale conjointe sur la sécurité-incendie et la préparation aux situations d’urgence

Le 28 octobre 2019
Ottawa, Ontario

– Le texte prononcé fait foi –

Bonjour à tous.

Merci à vous, Monsieur le président honoraire, pour cette aimable présentation. Comme vous l’avez dit, je m’appelle Rumina Velshi et je suis présidente et première dirigeante de l’organisme indépendant de réglementation nucléaire du Canada – la Commission canadienne de sûreté nucléaire, ou CCSN. Je suis très heureuse d’être parmi vous à l’occasion de cet événement important. Félicitations aux organisateurs. Je crois comprendre que c’est la première fois que le séminaire et la conférence sont tenus conjointement – ce qui a fort probablement nécessité beaucoup de planification et de collaboration.

Je suis très heureuse de voir autant de professionnels du secteur nucléaire réunis ici. Il s’agit d’un forum important pour le réseautage, l’échange d’information sur les nouveautés dans le secteur et la mise en commun de leçons retenues de la recherche, des examens et des grands exercices.

La sécurité-incendie et la gestion des urgences sont essentielles pour préserver la sûreté et la sécurité du public et pour protéger l’environnement. La CCSN, d’autres organismes de réglementation, les membres du secteur et le public s’intéressent tous vivement à l’efficacité des mesures de sécurité-incendie et de gestion des urgences. Chaque année, nous tenons des exercices de simulation d’urgence au Canada pour mettre à l’épreuve et améliorer continuellement nos préparatifs en vue d’une urgence. En fait, nous avons participé il y a à peine une semaine à l’exercice Huron Resilience, avec la centrale nucléaire de Bruce.

La gestion des urgences est sans doute le sujet qui est le plus connu du public, mais mes années de travail dans le secteur m’ont appris que la sécurité­incendie occupe une place tout aussi importante. Un incendie hors de contrôle qui fait rage à proximité d’une centrale nucléaire est une préoccupation de tout premier ordre. Des mesures importantes ont été prises au fil des ans pour enlever ou isoler les matières combustibles dans les centrales nucléaires. De plus, des experts dévoués et bien formés travaillent sur le site en cas d’imprévu, ce qui devrait tous nous donner un sentiment de confiance.

Le fait que ces experts se réunissent régulièrement pour apprendre les uns des autres et mettre en commun de l’information est aussi très encourageant et rassurant. Les échanges d’information et de leçons retenues sont essentiels, car ils nous permettent d’acquérir des connaissances et de nous améliorer continuellement. Ils sont d’autant plus importants en cette ère d’innovation croissante.  Je suis fière d’être à la tête d’une organisation vouée à l’apprentissage et à l’amélioration continue qui saura s’adapter aux multiples changements qui s’amènent à l’horizon.

Si vous ne connaissez pas la CCSN, permettez-moi de vous en dire quelques mots, en commençant par notre objectif principal : la sûreté. Plus de 900 employés de la CCSN partout au pays travaillent avec diligence pour s’assurer que les conditions et les décisions d’autorisation établies par la Commission, composée de cinq commissaires, sont mises en œuvre et respectées en tout temps par les titulaires de permis. Notre vision est d’être le meilleur organisme de réglementation au monde, maintenant et à l’avenir. Nous avons établi quatre grandes priorités afin de concrétiser cette vision.

Premièrement, nous devons adopter une approche moderne de la réglementation nucléaire, en utilisant des pratiques de réglementation axées sur la science et le risque, éprouvées sur le plan technique et qui tiennent compte des incertitudes et des attentes en évolution. De cette manière, nous pourrons évaluer les incidences sur la réglementation des technologies nucléaires nouvelles et novatrices.

Deuxièmement, nous devons être un organisme de réglementation fiable, reconnu par le public, les peuples autochtones et le secteur comme indépendant, compétent et transparent. Cela signifie que nous devons aussi être vus comme une source crédible d’information scientifique, technique et réglementaire.

Troisièmement, nous voulons maintenir notre influence mondiale dans le domaine nucléaire en poursuivant sur notre lancée pour renforcer la sûreté nucléaire internationale, notamment grâce à des efforts de collaboration.

Et quatrièmement, nous améliorons l’efficacité de la gestion pour veiller à ce que notre organisation soit polyvalente et hautement compétente, et à ce qu’elle représente la population diversifiée du Canada. Cela signifie que nous sommes soutenus par des pratiques de gestion et des outils modernes nous permettant de composer avec un effectif et un secteur en évolution.

En plus de ces priorités, je me suis engagée personnellement à promouvoir les carrières en science, technologie, ingénierie et mathématiques – ou STIM – auprès des femmes et des filles. En tant qu’ingénieure possédant près de 40 ans d’expérience dans le secteur nucléaire, j’ai été témoin des mesures positives qui ont été prises pour éliminer les obstacles qui pourraient se dresser sur le parcours des femmes en STIM. Il reste cependant beaucoup à faire. Dans le secteur nucléaire, les femmes représentent encore seulement 20 % de l’effectif. Nous devons reconnaître et faire tomber les préjugés culturels et les barrières systémiques qui empêchent les femmes de faire carrière ou de progresser dans ces domaines. C’est la responsabilité de chacun. L’autonomisation des femmes profite à tout le monde. Je vous mets tous au défi d’appuyer les femmes et de prendre des mesures afin que nous puissions atteindre l’équilibre entre les genres au travail.

Comme vous le savez, les technologies novatrices – et parfois perturbatrices – entraînent des changements dans plusieurs secteurs à un rythme encore jamais vu. Nous pouvons nous attendre à ce que ces mêmes changements surviennent dans le secteur nucléaire dans les années à venir. Des technologies et approches novatrices sont déjà employées dans le secteur nucléaire du Canada et du monde entier. Pensons aux petits réacteurs modulaires, à l’impression de pièces en 3D et à l’utilisation d’analyses prédictives pour l’entretien des composants. Certains exploitants utilisent aussi des drones pendant leurs inspections. Les innovations utilisées à bon escient peuvent contribuer à sauver des vies et à optimiser l’utilisation des ressources limitées.

Des drones et des robots extincteurs ont été utilisés pour lutter contre l’incendie à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ces appareils offrent de nouveaux choix tactiques et contribuent à réduire le risque pour les humains. Ces innovations pourraient être très utiles dans le secteur nucléaire, et j’imagine que certains d’entre vous travaillent déjà à les intégrer à vos programmes. Comme pour toute autre nouvelle technologie ou approche, le public s’attendra à ce que les exploitants aient réfléchi à l’utilisation des innovations, les aient mises à l’essai et soient en mesure de défendre leur utilisation.

Les organismes de réglementation doivent également comprendre comment elles fonctionnent. Pour ne pas être pris au dépourvu, nous avons déjà commencé à nous préparer à l’arrivée des technologies innovantes. Nous continuons, par exemple, à moderniser notre cadre de réglementation afin qu’il soit aussi neutre sur le plan technologique que possible, à l’aide d’une réglementation fondée sur le risque qui nous permettra d’adopter la meilleure approche dans chaque situation.

Nous avons aussi embauché plus de 70 nouveaux diplômés au cours des dernières années afin de combler le vide qui sera laissé par les retraites prévues et de transférer les importantes connaissances organisationnelles. Ce dernier point est très important, surtout pour ceux d’entre vous qui ont beaucoup d’expérience et qui sont près de la retraite. Perdre les connaissances et l’expérience inestimables que vous avez accumulées au fil de vos années de service en vous laissant partir sans les avoir d’abord transférées à la prochaine génération est non seulement inadmissible, mais aussi contraire à une saine culture de sûreté.

Vos connaissances et votre expérience forment la base sur laquelle s’appuiera la prochaine génération pour travailler dans le secteur d’aujourd’hui et le réglementer, de même que pour relever les défis de demain. De plus, vous coûtez trop cher à réembaucher comme consultants! Cependant, même en prenant les mesures pour mettre en place l’effectif dont nous avons besoin, c’est-à-dire un effectif polyvalent prêt à gérer tout ce que l’avenir nous réserve, rien ne garantit que nous aurons toutes les connaissances nécessaires à notre disposition.

La sûreté est l’objectif de tous les pays dotés d’une capacité nucléaire. Cela signifie qu’il faut collaborer, surtout lorsqu’il est question de technologies novatrices. Il est donc important de communiquer et d’échanger de l’information avec les fournisseurs, les exploitants, les organismes de réglementation et les gouvernements, tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Nous travaillons de près avec nos pairs à l’étranger par l’intermédiaire d’organisations comme l’Agence internationale de l’énergie atomique (ou AIEA) et l’Agence pour l’énergie nucléaire, ainsi qu’en établissement des liens bilatéraux et multilatéraux. Grâce à ces relations, nous pouvons profiter de l’expertise particulière qu’il nous manque parfois à l’interne. Nous invitons aussi ces experts à examiner la manière dont nous gérons nos responsabilités à l’égard de la sûreté nucléaire au Canada et de nous en faire état.

C’est pourquoi, en juin dernier, nous étions heureux d’être le premier pays doté d’un vaste programme nucléaire, et le premier pays du G7, à accueillir une mission du Service d’examen de la préparation aux situations d’urgence (SEIR) de l’AIEA. Le gouvernement du Canada a demandé cet examen afin d’évaluer le cadre canadien de préparation et d’intervention en cas d’urgence nucléaire et radiologique. Les résultats de l’examen sont encourageants : le Canada a en place un système pangouvernemental de préparation et d’intervention en cas d’urgence qui est bien rodé. Des recommandations et des suggestions ont aussi été formulées. Elles seront traitées dans un plan d’action élaboré par le Canada. Les connaissances et les expériences échangées entre le Canada et l’équipe de mission contribueront à l’instauration d’améliorations au Canada et dans d’autres États membres de l’AIEA. Plus tard ce matin, Chris Cole, notre directeur des Programmes de gestion des urgences, vous en dira plus long sur le SEIR.

La dernière fois que la gestion des urgences nucléaires et l’intervention en temps réel ont fait les manchettes était lors des événements à Fukushima. Ces événements ont mené à d’importantes leçons retenues et, j’ose l’espérer, au renforcement de la confiance du public envers l’état de préparation et d’intervention en cas d’urgence nucléaire. Nous avons rapidement adopté ces leçons retenues au Canada et avons fait évaluer nos progrès initiaux dans le cadre d’une mission de suivi du Service d’examen de la préparation aux situations d’urgence de l’AIEA, en 2011, soit deux ans après notre première mission complète du SEIR.

Nous avions donné suite à toutes les mesures découlant de la mission de suivi de 2011, et ce, bien avant la deuxième mission entière qui a été tenue le mois dernier. Nous avons tous besoin des examens publics effectués régulièrement par nos pairs, et nous devons encourager leur tenue, car ils nous permettent de confirmer que nous fonctionnons comme il se doit, ou d’obtenir des recommandations pour nous orienter sur la bonne voie. Des examens par des experts indépendants de l’étranger sont importants, car ils témoignent de notre engagement envers l’apprentissage et l’amélioration continus.

J’aimerais terminer en vous disant que vous avez chacun un rôle important à jouer afin de mettre en œuvre efficacement des mesures de sécurité-incendie et de gestion des urgences qui protégeront les travailleurs, le public et l’environnement. Vous devrez évidemment vous adapter, de même que toutes les parties intéressées du secteur et les organismes de réglementation, à mesure que le travail se poursuit en cette ère d’innovation.

Vous devez aussi être prêts et disposés à transférer vos connaissances à la prochaine génération, afin que votre bon travail puisse continuer. Comme un grand leader l’a dit autrefois : « lorsqu’on transmet nos connaissances, une partie de nous ne meurt jamais. » N’est-ce pas ce que nous voulons tous? Les organismes de réglementation ne doivent pas entraver inutilement l’innovation, mais ils doivent toujours accorder la priorité à la sûreté.

La sûreté est la responsabilité de tous – en tout temps et dans toutes les situations.

Je vous souhaite une bonne conférence et un séjour plaisant à Ottawa. Je sais que votre horaire sera chargé au cours des prochains jours, mais j’espère que vous aurez un peu de temps pour découvrir tout ce que cette belle ville peut vous offrir.

Merci.

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